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« Le soulèvement du ghetto de Varsovie (Avril-mai 1943)

Le récit de Marek Edelman Image associée

Les Allemands décident de liquider le ghetto coûte que coûte. Le 19 avril 1943, à deux heures du matin, les premiers rapports des postes de guet avancés indiquent que des gendarmes allemands et des policiers bleu marine polonais encerclent le ghetto, placés à intervalles de vingt-cinq mètres les uns des autres. On alerte aussitôt tous nos groupes qui, un quart d’heure après, sont en position de combat. Alarmée par nous, la population civile se réfugie immédiatement dans les caches et les abris aménagés dans les greniers et les caves. Le ghetto est désert. Il n’y a pas âme qui vive. Seule veille l’Organisation juive de combat.

A quatre heures du matin, par petits groupes de quatre ou cinq, pour ne pas éveiller l’attention, les Allemands commencent à pénétrer sur les terrains vagues de l’interghetto. C’est là seulement qu’ils se regroupent en formation ; pelotons ou compagnies. A sept heures du matin, des troupes motorisées, des tanks et autres véhicules blindés entrent à  leur tour dans le ghetto. Au-dehors, de l’artillerie est mise en batterie. Les SS sont maintenant prêts à l’attaque. En rangs serrés, au pas cadencé, ils avancent dans les rues apparemment désertes du ghetto central. A les voir, on pourrait croire déjà que leur triomphe est complet, que cette armée moderne, magnifiquement équipée, a mis en déroute une poignée de casse-cous. Comme si chacun des adolescents qui la composent avait compris soudain qu’il lui est impossible de décrocher la lune, comptant plus de mitrailleuses dans le défilé qu’il n’a de cartouches pour son pistolet.

Mais non, nous n’avons pas peur et nous ne sommes pas surpris. Nous attendons seulement le moment opportun.  Il arrive bientôt. Lorsque les Allemands installent un bivouac au croisement des rues Mila et Zamenhof, les groupes de combat, retranchés aux quatre coins des rues, ouvrent un feu concentré, comme disent les militaires. Tout à coup explosent des projectiles inconnus (des grenades de notre fabrication), de courtes rafales de pistolet-mitrailleur déchirent l’air (il faut penser à économiser, les munitions) et des fusils tirent un peu plus loin. Les choses ont commencé.

Les Allemands essaient de s’enfuir, mais leur route est coupée. La rue est jonchée de cadavres allemands. les rescapés se mettent à couvert dans les magasins et sous les portes cochères du voisinage. Mais ces abris sont insuffisants. Les « glorieux » SS font intervenir les tanks pour couvrir le « repli victorieux »  de deux compagnies. La chance n’est pas avec eux. Le premier tank est incendié par un cocktail molotov. Les autres restent à distance. Le sort des Allemands coincés dans la souricière Mila-Zamenhof est réglé. Aucun n’en sort vivant. les groupes de combat Gruzalc (Bund), Merdek (Hazshomer), Hochberg (Bund), Berek (DROR) et Pawel (PPR) ont pris part à cette opération.

Un autre engagement important a lieu en même temps au coin des rues Nalewki et Gesia. Deux groupes de combat interdisent l’entrée du ghetto à l’ennemi. La bataille dure plus de sept heures. Les Allemands élèvent une barricade en empilant des matelas trouvés sur les lieux, mais notre feu nourri les fait plusieurs fois reculer. Le sang allemand inonde la rue. Sans arrêt, les ambulances allemandes évacuent leurs blessés rassemblés sur une petite place proche du Conseil. Ils gisent là, à même le trottoir, attendant leur tour d’être dirigés sur l’hôpital. Au coin de la rue Gesia, se trouve un poste d’observation pour l’aviation allemande qui signale aux avions, tournant sans cesse au-dessus du ghetto, les emplacements des insurgés et les cibles à bombarder. Mais les combattants du ghetto ne se laissent pas plus écraser par les forces aériennes que terrestres. La bataille du carrefour Gesia-Nalewki s’achève par la déroute complète des Allemands.  

Des combats acharnés se poursuivent aussi place Muranowski. Les Allemands attaquent de tous côtés. Les francs-tireurs encerclés se défendent furieusement. Ils repoussent l’assaut par un effort surhumain et s’emparent de deux mitrailleuses et de nombreuses armes. Un tank brûle, c’est le deuxième.

 

A quatorze heures, il n’y a plus un seul Allemand dans le ghetto. La première victoire de l’OJC sur les Allemands est totale. Le jour s’achève dans le « calme complet », c’est-à-dire qu’il n’y a que les tirs des canons (l’artillerie est sur la place Krasinski) et de temps à autre un bombardement aérien.

Le lendemain, le silence dure jusqu’à 2 heures de l’après-midi. Les Allemands s’avancent alors en rangs serrés vers le portail de la fabrique de brosses. Ils ne savent pas qu’un guetteur les surveille, une prise de courant à la main. Un Werschutz s’avance vers le portail pour l’ouvrir. Juste à ce moment-là, la prise est branchée. Sous les pieds des SS explose la mine qui les attendait depuis longtemps. Plus de cent SS sont tués par l’ explosion, les autres décrochent, raccompagnés par les tirs de nos combattants. Ce n’est que deux heures plus tard que les Allemands tentent à nouveau leur chance. Ils procèdent autrement, avancent prudemment, en file indienne, en formation de combat. Ils cherchent à prendre pied dans le secteur des brossiers, mais une deuxième fois ils trouvent l’accueil qu’ils méritent. Sur trente Allemands qui pénètrent sur le terrain de la fabrique, seul un petit nombre en sort vivant. Les autres sont tués par les explosions de grenades et de cocktails molotov. L’ennemi se retire du ghetto. Les francs-tireurs fêtent leur deuxième victoire totale.

Les Allemands ne se donnent pas pour battus et tentent de pénétrer par plusieurs côtés. Partout ils se heurtent à une vive résistance. Chaque immeuble combat. Soudain, nous sommes encerclés dans un grenier. Les Allemands sont déjà à l’intérieur, il est impossible d’atteindre l’escalier. Nous ne pouvons même pas nous reconnaître dans la pénombre. Nous ne voyons pas Seweek Dunski et Junghajzer ramper jusqu’en haut de l’escalier pour prendre l’adversaire par-derrière et lui lancer une grenade. Nous ne réalisons même pas comment Michal Klepfisz se jette sur une mitrailleuse allemande en train de nous arroser de derrière une cheminée. Nous voyons seulement le passage devenu libre.

Quelques heures plus tard (alors que les Allemands se sont repliés) nous retrouvons le corps de Michal Klefisz, criblé comme une passoire par deux rafales d’arme automatique. Le secteur des brossiers reste invaincu.

Une chose jamais vue arrive alors. Trois officiers, armes pointées vers le sol, cocardes blanches à la boutonnière, se dirigent vers nous. Ce sont des parlementaires. Ils veulent négocier avec le commandant du secteur. Ils proposent un cessez-le-feu de quinze minutes pour retirer les blessés et les morts. Ils s’engagent à garantir, en toute sécurité, le transfert de tous les habitants avec tous leurs biens dans les camps de travail de Trawniki et de Poniatow. Les coups de feu leurs répondent. Chaque maison est pour eux une forteresse ennemie. De chaque étage, de chaque fenêtre, pleuvent les balles sur les casques et les coeurs allemands tellement haïs.

Au quatrième étage, dans une lucarne, est posté le vieux soldat Diament. Il est armé d’un long fusil, souvenir de la guerre russo-japonaise. Diament est flegmatique. Il se déplace à pas comptés. Impatients, les jeunes le bousculent, mais Diament reste imperturbable. Il vise le ventre et touche le coeur. Chacun de ses coups, c’est un Allemand de moins.

Au deuxième étage, Dwora tire furieusement d’une fenêtre. Les Allemands la repèrent : « Regarde, Hans ! Une femme tire ! ». Ils essayent de l’atteindre. Aucune balle ne l’effleure. En revanche, elles les asticote sérieusement car ils détalent pour se mettre à l’abri.

Au premier étage, dans la cage d’escalier (poste de combat n° 1), sont postés Szlamek Szuster et Kazik. Ils lancent des grenades, l’une après l’autre. Ils en manquent bientôt, alors que deux Allemands s’agitent encore dans la cour. Szlamek saisit un cocktail molotov et ajuste si bien son tir qu’il atteint l’Allemand en plein casque. Transformé en torche vivante, celui-ci meurt dans des tortures épouvantables.

L’attitude des francs-tireurs est si résolue que les Allemands doivent renoncer à les écraser par les armes et recourent à un nouveau moyen, apparemment infaillible. De tous les côtés à la fois, ils mettent le feu au secteur des brossiers. En un instant, les flammes embrasent tout le pâté d’immeubles. Une fumée noire et épaisse prend à la gorge et aux yeux. Les insurgés n’ont pas l’intention de se laisser brûler vifs. Nous misons tout sur une seule carte, décidant de percer à tous prix jusqu’au ghetto central.

Les flammes lèchent les vêtements qui commencent à se consumer. Les pieds s’enfoncent dans le goudron visqueux ou sont retenus par les flaques gluantes formées par les débris de verre fondu. Les semelles prennent feu sur le pavé brûlant. Un par un, nous nous frayons un passage à travers l’incendie, d’une maison à l’autres, d’une cour à l’autre. L’air est irrespirable. Cent marteaux cognent dans nos têtes. Des poutres incandescentes nous tombent dessus. Finalement, nous sortons de la zone de feu, heureux d’échapper à l’enfer.

Le plus difficile reste à faire. Pour parvenir au ghetto central, le seul accès est une brèche étroite dans le mur, surveillées par trois formations : les gendarmes, les Ukrainiens et la police bleu marine, douze gardiens pour une ouverture de deux mètres. C’est par là que doivent passer cinq groupes de combat. L’un après l’autre, les  chaussures enveloppées de chiffons pour ne pas faire de bruit, les  francs-tireurs des groupes de Gutman, Berlinski et Grynbaum s’engagent. Ils passent, le groupe de Jurek Blones assurant leur couverture.  Mais au moment où le premier de ce groupe avance à son tour dans la rue, les Allemands éclairent l’endroit. Il semble que personne ne pourra plus passer. Romanowicz éteint le projecteur d’un coup de fusil. Avant que les Allemands parviennent à s’y retrouver, nous sommes tous de l’autre côté.

Ayant fait notre jonction avec les groupes du ghetto central, nous continuons à nous battre. Dans ce secteur aussi, il est pratiquement impossible de se déplacer. D’immenses incendies ferment des rues entières. Une mer de flammes envahit les immeubles et les cours. Les charpentes crépitent, les murs s’effondrent. Il n’y a pas d’air. Il n’y a que de la fumée noire, étouffante et la fournaise des brasiers qui irradie aussi des murs calcinés et des escaliers chauffés au rouge. Ce que les Allemands n’ont pas réussi, le feu tout-puissant l’accomplit maintenant. Des milliers périssent dans les flammes. L’odeur des corps grillés prend à la gorge. Sur les balcons, dans les embrasures de fenêtres sur les escaliers de pierre qui n’ont pas pris feu, gisent des cadavres carbonisés. Le feu chasse les gens de leurs abris, les débusque du gîte qu’ils avaient aménagé depuis longtemps, en lieu sûr, dans un grenier ou une cave. Des milliers errent dans les cours, s’exposant à être capturés, détenus ou tués sur-le-champ par les Allemands. Mortellement exténués, il s’endorment sous les porches, debout, assis ou couchés, et c’est dans leur sommeil que les frappent les balles allemandes.

Personne ne remarque que le vieillard qui paraît dormi sous un porche ne se réveillera plus. Personne n’observe que la mère que l’on voit allaiter son bébé est depuis trois jours un cadavre refroidi et que le bébé dans ses bras suce en pleurant un sein mort. Des centaines de gens mettent fin à leur vie en se jetant du troisième ou quatrième étage. Des mères épargnent ainsi à leurs enfants le supplice des flammes. La population polonaise assiste à cela depuis la rue Swietojerska et la place Krasinski.

Après un châtiment aussi exemplaire infligé au ghetto central et au secteur des brossiers, les Allemands sont sûrs que les habitants des autres secteurs les évacueront de plein gré.  C’est pourquoi ils fixent un dernier délai et des lieux de rassemblement, menaçant les récalcitrants de subir ce qu’ils viennent de voir.

Mais ni les prières, ni les menaces n’ont d’effet sur la population. Partout, les combattants restent à leurs postes. Ceux des ateliers Toebbens et Schultz font tout ce qu’ils peuvent pour gêner la progression des unités allemandes vers le ghetto central. Des balcons, des fenêtres et des toits, ils jettent des grenades sur les véhicules SS. Ils atteignent même une voiture qui roule dans la « zone aryenne » et la détruisent. Un jour, Rozowski et Szlomo, faisant la tournée du secteur, aperçoivent un camion qui s’approche. Une seconde de réflexion et ils retrouvent tous deux sur un balcon d’où ils jettent une bombe de deux kilos sur le camion, le touchant de plein fouet. Sur soixante SS qu’il transporte, à peine cinq en réchappent.

Avec le cinquième jour, s’achève le délai fixé par les Allemands pour les départs « volontaires ». Ils procèdent alors à la « pacification » des derniers secteurs et se heurtent à une résistance opiniâtre. Malheureusement, faute d’électricité, les mines posées depuis longtemps sont inutilisables. Des combats farouches ont lieu. Les insurgés, retranchés dans les immeubles, ne laissent pas les Allemands entrer sur leur territoire. Là aussi, chaque maison se bat. Les combats les plus acharnés ont lieu à l’intérieur des immeubles suivants : 41 rue Nowolipki, 64 et 67 rue Nowolipie, 56 et 72 rue Leszno.

Au 56 de la rue Leszno, Jurek est surpris à son poste de guet. Un groupe de SS l’encercle. Ils lui jettent une grenade qu’il rattrape au vol et leur renvoie, tuant quatre d’entre eux.

Szlomo, adjoint du commandant du secteur, blessé au bras, couvre l’évacuation du 72 rue Nowolipie. Tout à coup, tout paraît perdu : le groupe est encerclé. Szlomo saisit un drap de lit avec lequel tous se glissent par la fenêtre, comme personne ne peut lui tenir le drap, il saute du premier étage. Dans ce secteur également, les Allemands sauvent leur honneur militaire en incendiant les immeubles les uns après les autres.

Compte tenu de ces nouvelles conditions de combat, l’OJC change de tactique. Elle cherche à protéger les groupes d’habitants les plus nombreux cachés dans les abris.  Deux sections de l’OJC (celles de Hochberg et de Berek) font ainsi sortir plusieurs centaines de personnes de l’abri du 37 de la rue Mila, en train de s’effondrer, pour les conduire au 7 de la même rue. On arrive à défendre pendant une semaine cet endroit où se sont réfugiées des milliers de personnes. Dehors, le ghetto s’est presque entièrement consumé. Il n’y a pratiquement plus un mur debout et, ce qui et pire, plus d’eau. Les francs-tireurs descendent dans les abris avec la population civile pour y défendre ce qui peut l’être encore.

Les combats et les accrochages ont lieu désormais surtout la nuit. Dans la journée, le ghetto est entièrement mort. Ce n’est que lorsque les rues sont plongées dans le noir que les patrouilles de l’OJC et les patrouilles allemandes se rencontrent. Le premier qui tire sort vainqueur. Nos patrouilles quadrillent tout le ghetto. Chaque nuit fait de nombreux tués de part et d’autre. Les Allemands et les Ukrainiens ne se déplacent qu’en groupes imposants et tendent souvent des embuscades.

Le commandement de l’OJC, décide de fêter le premier mai par une action spéciale. Plusieurs groupes de combat sortent dans le secteur, avec pour mission de « chasser » le plus grand nombre possible d’Allemands. Le soir, a lieu l’appel du premier mai. Brefs discours. L’Internationale. Le monde entier fête cette journée. Dans le monde entier, à la même heure, sont prononcées les mêmes paroles puissantes. Mais, jamais encore, l’Internationale n’a été chantée dans des conditions aussi tragiques, dans un lieu où un peuple est mort et n’en finit pas de mourir. Ces mots et ce chant dont les ruines enfumées renvoient l’écho témoignent que la jeunesse socialiste se bat dans le ghetto et qu’elle ne les oublie pas face à la mort.

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La dernière lettre de Mordechai Anilewicz, jeune chef du soulèvement qui mourra le 8 mai 1943, à l’âge de 24 ans…:…:Image associée
« Les Allemands ont fui par deux fois du ghetto. L’une de nos compagnies a résisté 40 minutes et une autre s’est battue pendant plus de six heures… Nos pertes en vies humaines sont faibles et ceci est également une réussite… Grâce à notre radio, nous avons entendu une merveilleuse émission relatant notre lutte. Le fait que l’on parle de nous hors du ghetto nous donne du courage.
Soyez en paix, mes amis de l’extérieur ! Peut-être serons-nous témoins d’un miracle et nous reverrons-nous un jour. J’en doute ! J’en doute fort !
Le rêve de ma vie s’est réalisé. L’auto-défense du ghetto est une réalité. La résistance juive armée et la vengeance se matérialisent. Je suis témoin du merveilleux combat des héros juifs… »
Mordechai Anilewicz, 23 avril 1943.

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Celle de Arthur Ziegelbaum, représentant de l’Organisation Juive de Combat auprès du gouvernement polonais en exil, qui se donnera la mort à Londres, au cours de la nuit du 12 mai 1943, pour protester contre le silence et l’indifférence du monde devant le drame du ghetto…:
« Je ne puis rester silencieux, je ne puis vivre, alors que les survivants de la population juive de Pologne, dont je suis le représentant, sont en train de périr. Mes camarades du ghetto de Varsovie ont pris les armes, dans un ultime élan héroïque. Le destin ne voulait pas que je meure là-bas, avec eux, mais je leur appartiens. J’appartiens à leur fosse commune. Ma mort est une protestation énergique contre l’inaction, l’indifférence du monde entier qui assiste sans réagir à l’extermination de mon peuple.
Je sais le peu d’importance que présente aujourd’hui une vie humaine, mais n’ayant rien pu faire de ma vie, j’espère, par ma mort, contribuer à rompre le silence de ceux qui pourraient à présent, au dernier moment, sauver du massacre, les quelques Juifs de Pologne encore vivants. Ma vie appartient au peuple juif de Pologne et je la lui donne. J’espère que la poignée de Juifs qui subsistent sur les quelques millions qui vivaient en Pologne avant la guerre, vivra assez pour assister à la libération d’un monde nouveau où régnera la liberté et la justice du vrai Socialisme. Je crois qu’une telle Pologne surgira et qu’un tel monde verra le jour… »
Arthur Ziegelbaum, 12 mai 1943.