Dix ans plus tard…

Éditorial par Daniel Gluckstein •

Le 16 janvier 2008, notre camarade Pierre Lambert disparaissait.

Dix ans plus tard, des plumitifs malveillants s’évertuent toujours à vouloir ternir sa mémoire*. Au-delà des élucubrations, quel est l’objet réel de cette haine ?

Le militant qui a consacré plus de soixante-dix ans de sa vie consciente au combat de la classe ouvrière pour se libérer des chaînes de l’exploitation capitaliste ? Celui qui a toujours considéré la lutte de classe comme le moteur de l’histoire ?

Le militant ouvrier pour qui l’indépendance de classe était une question de principe, qu’il s’agisse de l’indépendance des syndicats menacée par l’intégration à l’État et la subordination au patronat et au gouvernement ; ou de la nécessaire construction d’un outil politique pour la classe ouvrière ?

Le militant trotskyste qui, partisan du programme de la IVe Internationale, n’en faisait pas un préalable et travaillait à reconstruire le mouvement ouvrier sur un nouvel axe, notamment en jetant les bases d’un authentique parti ouvrier (et de l’Internationale ouvrière) avec des militants de toutes tendances ?

Celui pour qui toute conquête ouvrière devait être défendue bec et ongles, à commencer par la Sécurité sociale arrachée par la vague révolutionnaire de 1945 ? Celui qui inscrivait cette défense quotidienne des revendications dans la perspective du pouvoir de la classe ouvrière, du socialisme libérateur, en France comme à l’échelle internationale ?

Celui pour qui l’indépendance politique du parti ouvrier exigeait son indépendance matérielle et financière ? Celui pour qui le journal devait être une tribune de la lutte de classe ouverte à la libre discussion entre travailleurs et militants de toutes origines du mouvement ouvrier ?

Pierre Lambert qui, à l’âge de 21 ans, construisait les syndicats indépendants sous l’occupation nazie, dérange – et c’est bien normal – ceux qui aujourd’hui défendent la politique de Macron acharné à détruire les acquis de la classe ouvrière et de la démocratie. Comme il dérange ceux qui proclament la fin des partis et des syndicats pour mieux laisser les mains libres à ce gouvernement et sa politique.

Ceux qui n’ont pas renié ce qu’ils ont appris, des décennies durant, aux côtés de Pierre Lambert savent que les campagnes de presse traduisent toujours des inquiétudes aux sommets de l’État.

En l’occurrence : la crainte que les mesures de noire réaction du gouvernement capitaliste et de l’Union européenne fassent mûrir au sein de la classe ouvrière les ferments de la mobilisation de masse cherchant à balayer cette politique dévastatrice.

Ceux qui n’ont pas renié ce qu’ils ont appris auprès du camarade Pierre Lambert mettent et mettront toute leur énergie à construire le parti ouvrier dont la classe ouvrière a besoin, en commençant par permettre le plus large regroupement autour de cette Tribune des travailleurs dont les principes fondateurs ont été posés par lui.

* Citons notamment Le Monde (29 novembre 2017) et Le Journal du dimanche (8 janvier 2018).