La psychiatrie à l’hôpital Chenevier de Créteil , médecins et infirmières racontent..

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Cet article est composé à partir de propos de médecins et d’infirmières relatés dans 2 articles de 94 citoyens et du Parisien 94. Nous avons retenu de ces articles les témoignages souvent poignants des personnels confrontés aux conséquences des politiques d’austérité mises en oeuvre contre l’hôpital public et  que ne pourront qu’aggraver  les dernières décisions butales prises par Macron .

Unités sur-occupées, personnel insuffisant, débordé, démotivé et parcours de soin incomplets minent un service pourtant à la pointe de la recherche sur les maladies psychiatriques

« La situation se dégrade de mois en mois pour faire face aux besoins, prévient le Pr Pelissolo. Officiellement, nous avons 100 places. Mais en permanence, nous tournons à 105-110 patients. Sans avoir le personnel (NDLR : une soixantaine). Ce problème de places en hospitalisation reflète les difficultés dans tout le parcours, de la prévention à la réinsertion. » Le service de Chenevier et les centres médico-psychologiques couvrent tout le territoire de Créteil, Maisons-Alfort, Boissy, le plateau Briard, 220 000 habitants. Sollicitée, l’AP-HP n’a pu donner suite.

Deux à trois patients par chambre

Aux Erables, une unité fermée, les soignants s’épanchent : « Des collègues vont très mal, confie cette infirmière. Ils ne peuvent pas faire leur travail comme ils veulent. Ça les met en danger eux, mais aussi les patients. Il y a urgence. » Faute de places, les patients se partagent à deux, voire à trois, une chambre de quelques mètres carrés. Sans table de chevet, sans armoire. « On n’a pas le choix », répète cette cadre, comme pour s’excuser d’une situation qu’elle sait anormale.

Deux infirmières, un peu découragées, expliquent avoir vu de nombreux collègues quitter l’unité au cours des dernières années. « Il y a un turn-over important. Au départ, tout le monde est motivé à l’idée de s’inscrire dans des projets de long terme pour aider nos patients. Mais les circonstances font qu’au final, nous nous consacrons surtout à des tâches répétitives qui nous épuisent. C’est difficile de voir que malgré l’énergie que l’on investit, les résultats peinent à apparaître », déplorent-elles. Dans une autre unité, Les Érables, dédiée aux patients plus impactés par les troubles psychiatriques, les infirmière, aides soignantes ou psychologues montrent des chambres qui, faute de place, ont du être doublées. « En théorie, nous devrions être deux infirmières et deux aides soignantes pour 20 patients, mais ça n’est quasiment jamais le cas dans les faits. C’est frustrant de devoir se consacrer aux patients les plus lourds alors que les autres ont également besoin que l’on s’occupe d’eux», explique une aide soignante.

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Érosion du ratio du nombre de lit par rapport à la population

«Nous connaissons un taux d’occupation de 110% et nous ne refusons des admissions dans certaines unités uniquement parce que nous n’avons plus de lits. C’est l’un de nos problèmes majeurs. Si l’on se fie au ratio de lits pour 10 000 habitants relevé en 2014, nous étions déjà très loin de la moyenne nationale fixée à 13 lits pour 10 000 habitants, nous étions déjà à 6,9 lits dans notre secteur géographique. Le nombre de lit est resté le même quand la démographie et le nombre de patients pris en charge ont augmenté», déplore le professeur Antoine Pelissolo, chef du service psychiatrie.

Une saturation qui impacte toute la chaîne. Ainsi, il n’est pas rare que des patients admis aux urgences psychiatriques à Henri-Mondor restent deux à trois jours dans des boxes, le temps qu’une place se libère. « Ce sont des patients très perturbés qui pourraient mettre en danger d’autres personnes prise en charge, ou se faire mal à eux-mêmes, donc nous devons les sédater et parfois les attacher. Ce sont des pratiques déviantes que nous ne souhaitons pas avoir à utiliser», déplore Liona Yon, chef de service à Henri-Mondor.

«De nombreux patients pourraient quitter l’hôpital mais il y a un manque de structures d’accueil, de foyers d’accueil médicalisé, de maisons d’accueil spécialisées. Résultat, nous avons 30 % de nos patients qui sont hospitalisés depuis plus de six mois, attendant des places ailleurs. Nos assistantes sociales recherchent même des établissements en province», insiste un membre de l’hôpital. La prolongation de la durée du séjour dans les unités d’hospitalisation du pôle psychiatrie est d’autant plus problématique que le bâtiment pourtant construit il y a moins de 30 ans, est vétuste et doit subir des travaux de rénovation.

«Nous avions pour projet de mettre en en place des équipes mobiles auprès des jeunes parce que les maladies psychiatriques se déclarent entre 25 et 30 ans et que l’on peut éviter leur chronicisation si l’on s’y prend à temps. Même chose pour éviter les passages suicidaires, nous voulions déployer une unité. Ce sont des expériences qui ont été menées avec succès dans d’autres région mais l’ARS (Agence régionale de santé) n’a pas retenu nos propositions. Plus généralement, nous avons l’impression d’être complètement isolés, nous ne sommes pas à Paris, mais nous ne sommes pas en province, nous ne faisons pas vraiment partie des groupement hospitaliers territoriaux et sommes trop loin de l’AP-HP», analyse Marion Leboyer, chef de l’ensemble du pôle. Directrice de la fondation FondaMental qui élabore de nouvelles solutions thérapeutiques pour les maladies mentales, la professeure Leboyer est d’autant plus sensible aux difficultés éprouvées par le personnel soignant d’Albert Chenevier que l’établissement hospitalier publie régulièrement des travaux de recherche innovants. «C’est quand même un comble de ne pas pouvoir en faire bénéficier nos patients !» 

 

 

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