« Du crépuscule à l’aube, on jouait fiévreusement dans les clubs, le champagne coulait à flots. Les rues et les cafés du centre regorgeaient de prostituées couvertes de bijoux et de fourrures luxueuses… Complots monarchistes, espions allemands, contrebandiers élaborant des plans…
À Smolny, un bourdonnement ininterrompu : des centaines de soldats et d’ouvriers dormaient à même le plancher. Au premier étage, dans la grande salle, un millier d’auditeurs se pressaient aux séances tumultueuses du soviet de Petrograd. Par la pluie et le froid, sous le ciel grisâtre, la grande cité, toute palpitante, accélérait sa course… Mais vers quoi ? »

Ce n’est pas un compromis avec les classes possédantes ou avec des politiciens, ni un effort de conciliation avec l’ancien appareil d’État qui a porté les bolchéviks au pouvoir. Ils ne l’ont pas conquis davantage par la violence organisée d’une petite clique. Si, dans toute la Russie, les masses n’avaient pas été prêtes à s’insurger, l’insurrection aurait échoué. Le succès des bolchéviks n’a qu’une seule explication : ils ont réalisé les vastes et simples aspirations des plus larges couches du peuple qu’ils appelèrent à démanteler et à détruire le monde ancien pour entreprendre ensuite, tous ensemble, dans la fumée des ruines écroulées, l’édification de la charpente d’un monde nouveau.

JOHN REED 10 jours qui ébranlèrent le monde