Venezuela : Les raisons du chaos

On ne peut comprendre ce qui se passe actuellement au Venezuela, cette succession de grèves et de manifestations organisées par la droite et l’extrême droite de « Voluntad popular » (Volonté populaire) contre le gouvernement légal de Maduro si on ne les replace pas dans le contexte continental dans lequel elles s’inscrivent.
Il ne fait guère de doute que, parmi les fauteurs du chaos qui menace l’existence même de la nation vénézuélienne, se trouvent les puissances impérialistes et en premier lieu l’impérialisme nord-américain qui a toujours considéré l’Amérique latine comme son jardin particulier.
Dans toute l’Amérique latine, une même stratégie de déstabilisation Cette tentative de déstabilisation actuellement à l’oeuvre au Venezuela s’inscrit dans une stratégie politique globale qui intègre les évènements récents ou en cours : au Brésil, avec l’offensive menée par des forces qui n’ont jamais abdiqué de la dictature militaire des années 1960 à 1980 ; en Équateur, où le candidat vainqueur des récentes élections se voit récuser sa victoire électorale. Partout l’impérialisme et ses subalternes sont à la manœuvre. C’est ainsi que l’Organisation des États américains (OEA) et les gouvernements corrompus du continent, de Temer (Brésil) à Macri (Argentine), multiplient les actes d’ingérence met-tant directement en cause la souveraineté du peuple véné-zuélien. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai.
En 2002, deux ans après qu’il a accédé au pouvoir, Hugo Chavez subit une première tentative de coup d’État organisée par la CIA (avec l’appui inconditionnel de tous les organes d’information dominants au Venezuela). C’est un échec total ! Le peuple se soulève. Il restaure par la force la démocratie et remet son président au pouvoir. En 2003 et 2004, le patronat vénézuélien, avec la droite et l’extrême droite, organise le lock-out dans les entreprises sous leur contrôle, notamment dans le secteur pétrolier.
En mars 2014, l’opposition repart à l’attaque avec une vague de manifestations auxquelles le peuple vénézuélien réagit une nouvelle fois par la grève générale… Et de nouveau aujourd’hui, une même stratégie de déstabilisation vise le régime auquel les gouvernements nord-américains successifs ont voué une hostilité haineuse.
Comment en est-on arrivé à ce que l’impérialisme parvienne aujourd’hui à manipuler et mobiliser des dizaines de milliers de Vénézuéliens, dans des manifestations de plus en plus massives et violentes, près de vingt ans après l’accession au pouvoir d’Hugo Chavez, qui avait suscité à l’époque un formidable enthousiasme chez les travailleurs, les militants, les paysans, les jeunes ? L’impérialisme s’appuie pour cela sur la situation économique et sociale désastreuse qu’il a lui-même provoquée et qui frappe durement les masses populaires et la petite bourgeoisie.
Après l’enthousiasme, comment en est-on arrivé là ?
Soumis à un blocus larvé, le pays doit faire face en effet à une pénurie de biens importés, notamment de médicaments. La fédération pharmaceutique vénézuélienne estime que chaque enfant et chaque adulte sont privés de 85 % des médicaments et les traitements de chimiothérapie sont devenus inabordables pour la plupart des Vénézuéliens. Ces pénuries ont entraîné une terrible augmentation du nombre de décès chez les nouveau-nés.
« Dévaluation » et « inflation » font aujourd’hui partie du quotidien des Vénézuéliens, dont le salaire, même lors-qu’il dépasse le salaire minimum fixé à 27.000 bolivars par mois ne suffit pas pour survivre.
Et pendant ce temps-là, au Parlement où elle est majoritaire, l’opposition amnistie la spéculation sur les denrées de première nécessité et organise la pénurie dans le but non dissimulé d’exploiter la colère de la population, pour abattre le régime « bolivarien » et annuler les conquêtes arrachées par la lutte de classe.
Bas les pattes devant la nation souveraine et le peuple vénézuélien !
Deux voies s’ouvraient à Chavez, puis à son successeur, Nicolás Maduro : soit donner la priorité aux légitimes exigences du peuple vénézuélien et, pour cela, rompre avec l’impérialisme, rompre avec la priorité accordée au paiement de la dette ; soit continuer à donner la priorité à la dette et pour cela puiser dans les ressources de l’État au détriment des besoins sociaux immenses de la population laborieuse et de la jeunesse.
C’est la première de ces deux voies que Chavez a semblé prendre au début en procédant à une distribution, d’une ampleur sans précédent, des terres agricoles accaparées par les gros propriétaires et les multinationales, dans le même temps qu’il bloquait toute tentative de privatiser la compagnie nationale de pétrole (PDVSA) et qu’il prenait toute une série de mesures sociales en faveur de la classe ouvrière et de la jeunesse, notamment en ce qui concerne les salaires, les pensions, les retraites, l’école, la santé publique, etc.
Mais ni Maduro ni Chavez n’ont voulu briser le principal lien de subordination à l’impérialisme en décrétant l’annulation de la dette et de toutes les mesures visant à en garantir le paiement.
Une dette qui est entièrement aux mains des banquiers spéculateurs et des fonds de pension (lesquels, rappelons-le, sont à 95 % nord-américains). Ils ont cru que la hausse vertigineuse du prix du pétrole et du gaz, qui représentent 96 % des exportations du Venezuela, allait leur permettre de contourner l’exigence de la rupture avec l’impérialisme.
Mais, outre l’énorme corruption générée par cette manne, quand la conjoncture s’est retournée et que le prix du pétrole s’est effondré (chute de 70 % durant les dix-huit derniers mois), entraînant l’effondrement des ressources financières de l’État vénézuélien, l’impérialisme a immédiatement saisi la chance qui lui était offerte de reprendre la main. Orchestrant la hausse des prix et la pénurie des produits de base, il a provoqué l’insatisfaction croissante et la colère dans la population, notamment la petite bourgeoisie qui avait fait mouvement vers le nouveau régime, il y a seize ans, et qui s’en est détournée au fil des ans.
C’est à une dangereuse accélération de ce processus qu’on assiste actuellement, face auquel Nicolás Maduro a annoncé son intention de réunir une Assemblée constituante convoquée sur la base de comités populaires de quartier, de ville, d’entreprise…
Cette décision, dans les termes où elle est présentée, suscite de nombreuses interrogations (1). Quoi qu’il en soit, contre la nouvelle tentative impérialiste de renverser le gouvernement Maduro, une seule exigence, un seul mot d’ordre : solidarité de classe inconditionnelle avec les travailleurs du Venezuela !
Jean-Pierre Raffi
(1) Suite à cette décision, l’opposition s’est déchaînée en ne cachant pas ses véritables inquiétudes. En première page des journaux aux mains de l’oligarchie : « La Constituante de Maduro porterait l’estocade finale à la propriété privée » (El Nuevo Herald). « Cette Constituante est dangereuse pour la démocratie vénézuélienne parce que son objectif fondamental est d’instaurer l’État communal » (déclaration de l’épiscopat vénézuélien).
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VENEZUELA – Mercredi 9 août 18 h, le POID a tenu un rassemblement à Paris à proximité de l’ambassade : « bas les pattes devant le Venezuela! Aucune ingérence étrangère! Unité pour le respect de la souveraineté du peuple vénézuélien »

nouveaulogopoid

Communiqué – Paris, le 5 août 2017

« Bas les pattes devant le Venezuela, aucune ingérence étrangère ! »

C’est un fait, les élections à l’assemblée constituante qui viennent d’avoir lieu au Venezuela ont été marquées par une participation significative : les travailleurs, les paysans se sont mobilisés pour aller voter.

Et pourtant l’Union européenne vient de publier une déclaration : « L’Union européenne et ses États membres ne peuvent pas reconnaître l’Assemblée constituante ».

De quel droit ?

De quel droit l’Union européenne dont les plans d’austérité saignent les peuples d’un bout à l’autre du continent, de la Grèce au Portugal ; de quel droit l’Union européenne fauteur de guerre dans le monde entier, de quel droit remet-elle en cause les élections au Venezuela ?

Que cela plaise ou non à Macron, Merkel et à leur maitre Trump, le gouvernement du Venezuela est légitime, le peuple vénézuélien a le droit de décider souverainement. Il a le droit d’élire une Assemblée constituante.

Ce n’est ni à Trump, ni à Macron, ni à l’Union européenne de décider à la place du peuple du Venezuela !

Au Brésil, pays voisin du Venezuela, des dizaines d’organisations ouvrières et populaires, parmi lesquelles le Parti des travailleurs, la Centrale unique des travailleurs, le Mouvement des sans terre ont publié un manifeste « pour la paix au Venezuela » dans lequel elles déclarent : « Le peuple vénézuélien, libre et souverain, a repris entre ses mains les pouvoirs qui sont les siens, et voté massivement pour élire ses représentants à l’Assemblée constituante nationale. Plus de 8 millions de personnes se sont déplacés en dépit du boycott et du sabotage de groupes anti-démocratiques (…) Les femmes et les hommes de bonne volonté dans le monde entier devraient saluer haut et fort cette affirmation historique du droit à l’autodétermination au Venezuela, et constituer une vaste chaine de solidarité pour refuser toutes les menaces d’intervention étrangère. »

N’est-ce pas, en effet, cela que devraient faire dans le monde entier les organisations qui se réclament de la défense des droits ouvriers et de la démocratie ?

En France le même gouvernement Macron-Philippe, gouvernement illégitime, a l’arrogance de vouloir aller jusqu’au bout dans la destruction du code du travail, de la Sécurité sociale et de tous les droits démocratiques, et de remettre en cause le gouvernement légitime du Venezuela !

Le POID s’adresse à toutes les organisations se réclamant de la défense des droits des travailleurs et de la démocratie : agissons en commun contre l’ingérence de Trump, de l’Union Européenne et de Macron contre le peuple au Venezuela !

Unité pour le respect de la souveraineté du peuple vénézuélien !

Le secrétariat national du POID

Paris, le 5 août 2017